Premier smartphone date : la vraie histoire enfin révélée

Le terme « premier smartphone » revient souvent dans les recherches, mais la réponse dépend d’un critère rarement posé : que met-on exactement derrière le mot smartphone ? Un téléphone à écran tactile, un appareil capable d’envoyer des e-mails, ou un terminal doté d’un système d’exploitation ouvert avec une boutique d’applications ? Selon la définition retenue, la date change du tout au tout.

IBM Simon, un téléphone augmenté plus qu’un smartphone

Le candidat le plus souvent cité est l’IBM Simon Personal Communicator. Commercialisé en 1994 par IBM et BellSouth, cet appareil combinait pour la première fois un téléphone mobile et un assistant personnel numérique (PDA).

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Son écran était tactile. Il intégrait un carnet d’adresses, un calendrier, une calculatrice, un bloc-notes et même un fax. Pour l’époque, c’était une convergence inédite entre téléphonie et informatique portable.

Le Computer History Museum et le Science Museum de Londres classent officiellement l’IBM Simon comme premier smartphone commercial de l’histoire. Cette reconnaissance institutionnelle explique pourquoi la plupart des articles reprennent cette date de 1994 sans la discuter.

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Homme lisant des messages sur son smartphone lors d'un premier rendez-vous romantique dans un parc

Le problème, c’est que Simon ne cochait pas les cases qui définissent un smartphone tel qu’on l’entend aujourd’hui. Pas de véritable navigation web. Un réseau analogique peu fiable pour les données. Aucun écosystème applicatif : les fonctionnalités étaient préchargées, sans possibilité d’en installer de nouvelles. Sa batterie tenait à peine une heure en communication.

Qualifier Simon de smartphone revient à appeler une calculatrice scientifique un ordinateur. Le terme « téléphone augmenté » ou « hybride téléphone-PDA » décrit mieux ce qu’il était réellement.

Trois critères pour distinguer un vrai smartphone d’un téléphone avancé

Pourquoi cette distinction compte-t-elle ? Parce que sans critères précis, n’importe quel téléphone mobile avec un écran et un calendrier pourrait prétendre au titre. Des publications spécialisées récentes proposent trois critères concrets pour trancher :

  • Un système d’exploitation ouvert, capable d’exécuter des logiciels tiers, pas seulement des applications préinstallées en usine
  • Un navigateur web exploitable, permettant d’accéder à des contenus en ligne de façon autonome
  • Une boutique ou un mécanisme d’installation d’applications tierces, ouvrant l’appareil à un écosystème logiciel extérieur

Avec ces critères, l’IBM Simon de 1994 ne passe plus le filtre. Il reste un jalon technique, mais pas un smartphone au sens moderne.

Nokia, Ericsson et les pionniers oubliés du mobile intelligent

Entre 1996 et 2006, plusieurs fabricants ont fait progresser le téléphone mobile vers le smartphone sans que le grand public ne s’en rende compte. Nokia a lancé la série Communicator dès 1996, avec un clavier physique et des fonctions de messagerie avancées.

Couple se rencontrant pour la première fois devant un restaurant après s'être connus sur smartphone

Le Nokia 9000 Communicator proposait un navigateur web rudimentaire et un client e-mail. Quelques années plus tard, Nokia a adopté Symbian, un système d’exploitation qui permettait d’installer des applications tierces. C’est sur ce point que Symbian se rapproche davantage de la définition moderne.

Ericsson, de son côté, a été le premier fabricant à utiliser le mot « smartphone » dans son marketing, avec le modèle R380 en 2000. L’appareil tournait sous Symbian et disposait d’un écran tactile dissimulé sous un clapet. Ericsson R380 : premier téléphone commercialisé sous le nom de smartphone.

Aucun de ces appareils ne proposait de boutique d’applications centralisée comparable à ce qui existe aujourd’hui. L’installation de logiciels restait complexe, réservée aux utilisateurs avertis.

2007, l’iPhone et la redéfinition du smartphone pour le grand public

L’iPhone, présenté par Apple en janvier 2007, n’a pas inventé le smartphone. Il a redéfini ce que le mot signifiait pour des centaines de millions de personnes. Écran tactile capacitif multipoint, interface fluide, navigation web avec Safari : l’expérience utilisateur changeait radicalement par rapport aux appareils Nokia ou BlackBerry de l’époque.

Un détail souvent oublié : le premier iPhone ne proposait pas de boutique d’applications. L’App Store n’est arrivé qu’en 2008, avec l’iPhone 3G. Pendant sa première année, l’iPhone fonctionnait avec les seules applications préinstallées par Apple, exactement comme l’IBM Simon quatorze ans plus tôt.

C’est l’arrivée conjointe de l’App Store et d’Android (lancé par Google la même année) qui a véritablement fait basculer le marché. Samsung, Motorola et d’autres fabricants ont adopté Android, créant une concurrence qui a accéléré l’innovation et fait chuter les prix.

  • Apple a imposé un standard d’interface tactile que tous les concurrents ont fini par adopter
  • Android a démocratisé l’accès au smartphone en proposant un système ouvert à de nombreux fabricants
  • La combinaison écran tactile, boutique d’applications et navigation web fluide est devenue la définition de facto du smartphone

Quelle date retenir pour le premier smartphone

La réponse honnête tient en une phrase : la date dépend de la définition utilisée.

Si « smartphone » désigne le premier téléphone mobile combinant des fonctions d’assistant personnel, c’est 1994 avec l’IBM Simon. Si le critère est l’utilisation commerciale du terme « smartphone », c’est 2000 avec l’Ericsson R380. Si l’on exige un système d’exploitation ouvert, un vrai navigateur et une boutique d’applications, alors aucun appareil avant 2007-2008 ne remplit toutes les conditions.

Vue de dessus d'un smartphone avec une application de rencontre sur une table de café avec un expresso

Les musées et les encyclopédies continueront probablement de citer 1994 comme date de naissance du smartphone. Cela reste un repère utile, à condition de garder en tête que l’appareil de 1994 et celui que vous tenez dans votre main partagent un nom, mais pas grand-chose d’autre.