En France, le taux d’épargne des moins de 35 ans a atteint 15,2 % en 2023, soit l’un des plus élevés depuis vingt ans. Pourtant, seuls 28 % d’entre eux déclarent investir régulièrement en dehors des livrets réglementés.
Les disparités patrimoniales au sein de cette génération n’ont jamais été aussi marquées, tandis que l’accès aux outils financiers progresse plus vite que la connaissance des mécanismes d’investissement. De nouveaux termes comme « syndrome de l’imposteur financier » et « dysmorphie de richesse » s’imposent, témoignant d’un rapport inédit à l’argent et d’un besoin accru d’éducation économique.
Millennials et argent : entre stéréotypes et réalités économiques
La génération millennials navigue entre deux images irréconciliables : celle d’une jeunesse pointée du doigt pour son goût du superflu, et celle d’un groupe balloté par la précarité, tenu à l’écart des circuits classiques de l’enrichissement. Derrière ces caricatures, la réalité financière s’avère bien plus contrastée.
Chez les 25-34 ans, l’incertitude domine. Entre l’inflation qui grignote le pouvoir d’achat, la flambée continue du prix de l’immobilier et le morcellement du salariat, la stabilité paraît illusoire. Les chiffres de l’Insee sont sans appel : le patrimoine moyen d’un ménage de moins de 35 ans plafonne à 60 % de celui des 35-44 ans. Pourtant, le réflexe d’épargne s’installe plus solidement que jamais, avec un taux record depuis deux décennies.
Les schémas tout faits ne tiennent pas longtemps face à la diversité des situations. Certains jeunes privilégient une gestion au jour le jour, d’autres s’acharnent à bâtir leur sécurité à long terme. Les études récentes mettent en lumière plusieurs comportements :
- nombreux sont ceux qui continuent de privilégier la sécurité avec les livrets réglementés,
- une minorité ose s’aventurer vers des placements plus risqués,
- la plupart peinent à anticiper, à investir ou simplement à maintenir leur capital.
Les millennials portent le poids de la comparaison avec les générations précédentes. Leur rapport à l’argent s’inscrit dans une époque qui chamboule les anciens repères et bouscule les attentes.
Pourquoi la richesse semble-t-elle inaccessible pour une génération connectée ?
Ils connaissent les codes, maîtrisent les outils numériques, mais l’accès à la richesse leur échappe souvent. La hausse du prix de l’immobilier en France sert de muraille. En dix ans, devenir propriétaire est devenu un défi titanesque : +15 % sur les prix, alors que les salaires stagnent pour bon nombre de jeunes actifs. L’accumulation d’actifs ressemble à un parcours du combattant, loin des ascensions vécues par les générations d’avant.
La crise sanitaire a enfoncé le clou. Entre précarité, alternance de petits contrats et chômage récurrent, les finances des millennials se heurtent à la réalité, à rebours du rêve d’aisance affiché sur les réseaux sociaux. Le contraste est brutal : le quotidien heurté face à la déferlante d’images de luxe sur Instagram ou TikTok. Résultat, un sentiment d’exclusion du mythe de la richesse, une frustration qui s’installe en silence.
Autre frein, plus subtil : la pression écologique. Le changement climatique pousse à repenser ses priorités, rend l’accumulation moins désirable, rebat les cartes de la réussite. Pour la première fois, une génération doute de la valeur durable de ses acquis.
Les modèles classiques se fissurent. Les mots “investir” ou “transmettre” n’ont plus le même écho. Les millennials avancent souvent en ordre dispersé, dans un environnement où l’instabilité s’impose comme la seule constante.
Gestion financière : des stratégies concrètes adoptées par les jeunes aujourd’hui
Face à ces obstacles, la génération millennials ne se contente pas d’observer. Elle construit ses propres solutions, jour après jour. Avec des revenus fragiles et des marchés imprévisibles, les jeunes élaborent des stratégies de gestion de patrimoine qui privilégient la prudence et la diversité. Le livret A, peu rémunérateur mais sûr, reste largement utilisé. Pourtant, la soif de rendement oriente aussi vers des alternatives inédites.
De nouvelles pratiques s’installent : achats fractionnés d’actions, cryptomonnaies, crowdfunding immobilier. Les moins de 35 ans expérimentent ces voies via des applications mobiles conçues pour eux, qui cassent les codes de l’investissement traditionnel. Ces plateformes offrent une autonomie inédite, permettant à chacun de piloter ses actifs à la carte.
Voici quelques exemples de démarches largement adoptées :
- Investir dans des ETF ou des actions depuis une application mobile,
- Participer à des projets de crowdfunding pour diversifier ses placements,
- Démarrer un plan d’épargne retraite sans attendre la quarantaine.
L’accès à l’information joue un rôle décisif. Podcasts, blogs spécialisés, tutoriels vidéo : jamais la circulation des savoirs financiers n’a été aussi horizontale. Cette génération privilégie la prudence, mais n’hésite pas à tester la nouveauté : près de 20 % des jeunes Français ont déjà essayé la cryptomonnaie, malgré ses zones d’ombre. La défiance envers les solutions d’hier nourrit l’envie de faire différemment et de ne plus subir.
Dysmorphie financière et ressources pour mieux comprendre son rapport à l’argent
Le rapport à l’argent des millennials s’écrit dans la comparaison permanente, amplifiée par les réseaux sociaux. La dysmorphie financière s’installe : impression persistante de ne jamais en faire assez, de rester à la traîne face à une réussite affichée partout, mais rarement accessible. Cette distorsion façonne l’estime de soi et brouille le rapport à ses propres finances.
Les enquêtes récentes sont révélatrices : près d’un jeune adulte sur deux en France se sent insuffisant sur le plan financier, même avec un emploi stable. La visibilité continue de richesses éclatantes pousse à s’auto-juger, à nourrir une insatisfaction chronique. Pour casser ce cercle, les ressources éducatives prennent une place grandissante.
Quelques outils se détachent par leur popularité et leur utilité :
- Des podcasts dédiés à la gestion de l’argent, avec des conseils pratiques adaptés aux jeunes,
- Des comptes Instagram qui décryptent, en toute transparence, les bases du budget et de l’investissement,
- Des groupes d’entraide en ligne, sur Facebook ou Discord, où l’on peut parler argent sans tabou.
La parole circule, les silences se brisent. Des collectifs publient des témoignages anonymes, libérant un espace de partage inédit. Progressivement, la génération des millennials se réapproprie la question financière : elle se forme, interroge ses propres réflexes, cherche à comprendre avant de cumuler. Plus question de subir ou de fantasmer : pour beaucoup, retrouver la maîtrise de ses choix économiques devient enfin une ambition à portée de main. Pour cette génération, la richesse ne se résume plus à un chiffre, mais à la capacité de décider, d’apprendre et d’oser écrire ses propres règles.


